Réduire les larsens avec un système de sonorisation
Le larsen, ce sifflement aigu ou ce grondement soudain, peut interrompre un concert, gêner les intervenants et mettre le public mal à l’aise. Il survient lorsque le son capté par un microphone est amplifié, diffusé par une enceinte, puis repris à nouveau par ce même microphone. Cette boucle s’emballe jusqu’à devenir audible. Réduire les larsens demande donc de travailler à la fois le placement du matériel, les réglages de la console et les habitudes des utilisateurs.
Comprendre la boucle acoustique avant de régler la console
Un larsen apparaît lorsque le gain global du système dépasse sa capacité acoustique. Chaque élément de la chaîne intervient: microphone, enceinte, acoustique de la salle, égalisation, volume des retours et position des artistes.
Les fréquences concernées ne sont pas toujours les mêmes. Les sifflements se situent souvent dans les médiums et les aigus, tandis que les basses fréquences peuvent provoquer un ronflement plus diffus. Une pièce vitrée, basse de plafond ou très réverbérante augmente les risques, car le son rebondit plus longtemps et revient plus facilement vers les micros.
Le type de microphone compte aussi. Un micro cardioïde rejette principalement les sons venant de l’arrière, tandis qu’un modèle supercardioïde présente des zones de rejet légèrement différentes. Il faut donc connaître sa directivité avant d’installer les retours de scène.
Selon les recommandations de Shure sur le contrôle du feedback, la distance entre le microphone et la source sonore, ainsi que l’orientation des enceintes, constituent les premières protections contre les boucles acoustiques.
Placer microphones et enceintes avec méthode
Le placement physique offre souvent plus de résultats qu’une égalisation excessive. Commencez par éloigner les microphones des enceintes de façade. Ils ne doivent jamais être orientés directement vers celles-ci, même lorsqu’ils sont posés sur un pied et inutilisés.
Pour un microphone cardioïde, placez le retour de scène dans l’axe situé juste derrière la capsule. Cette zone correspond à son principal rejet. Avec un micro supercardioïde, installez plutôt les retours avec un léger angle, environ 60 degrés de chaque côté de l’arrière du micro. Un mauvais positionnement réduit immédiatement la marge avant larsen.
Veillez également à ces points pratiques:
- gardez les chanteurs près de leur micro afin d’éviter de pousser inutilement le gain;
- orientez les retours vers les oreilles, pas vers les jambes ou le dos des artistes;
- limitez le nombre de micros ouverts simultanément;
- coupez les canaux inutilisés avec la touche mute;
- évitez de pointer un micro vers une surface dure très proche, comme une vitre ou un mur nu.
Un intervenant qui tient son micro à 30 centimètres de sa bouche demandera davantage de gain qu’un chanteur placé à quelques centimètres de la grille. Sur une conférence, un micro col de cygne correctement rapproché peut ainsi remplacer un réglage de volume agressif.
Régler le gain et les égaliseurs sans dégrader le son
La procédure de réglage commence par le gain d’entrée. Demandez à la personne de parler ou chanter au niveau réel de la prestation, puis augmentez progressivement le préampli jusqu’à obtenir un niveau confortable, sans saturation. Ensuite, construisez le mixage à partir des faders, pas en compensant un mauvais gain avec des volumes extrêmes.
Pour chercher les fréquences problématiques, montez lentement le niveau du retour ou du système jusqu’à percevoir le début d’un larsen. Réduisez alors légèrement la fréquence concernée avec un égaliseur paramétrique ou graphique. La coupe doit rester fine et modérée. Une atténuation trop large retire de l’intelligibilité à la voix et donne un rendu terne.
Les processeurs anti-larsen automatiques peuvent apporter une aide ponctuelle, notamment dans une salle polyvalente exploitée par plusieurs personnes. Ils ne remplacent toutefois ni un bon placement ni un réglage cohérent. Leur action répétée peut créer un son artificiel si le système est déjà mal configuré.
La meilleure correction est celle qui préserve la source sonore. Avant de creuser fortement une fréquence, vérifiez la position du retour, la distance du chanteur au micro et le niveau demandé.
La balance des retours mérite une attention particulière
Les retours de scène déclenchent fréquemment les larsens, car ils sont proches des microphones et souvent poussés pour répondre aux demandes des musiciens. Réservez dans chaque retour les éléments réellement nécessaires. Un chanteur a généralement besoin de sa voix, de quelques repères rythmiques et parfois d’un instrument harmonique, pas de tous les canaux au même niveau.
Les systèmes d’écoute intra-auriculaire réduisent fortement la pression acoustique sur scène. Ils demandent une préparation rigoureuse, mais ils augmentent la marge avant larsen et améliorent la précision du mixage personnel.
Adapter le système à la salle et à son usage
Une sonorisation surdimensionnée ne garantit pas un meilleur résultat. Des enceintes trop puissantes dans une petite salle incitent à travailler à faible course de fader, où les réglages deviennent moins précis. À l’inverse, un système trop limité sera constamment sollicité et favorisera les demandes de gain excessif.
L’acoustique doit être prise en compte dès l’installation. Des rideaux, tapis, panneaux absorbants ou éléments de décoration souples peuvent réduire certaines réflexions gênantes. Ces solutions ne transforment pas une salle réverbérante en studio, mais elles facilitent le travail du technicien.
Pour choisir la puissance, le nombre d’enceintes et leur implantation selon la jauge et la configuration, consultez ce guide: Comment dimensionner un système de sonorisation pour une salle, un club ou un événement?.
Réduire les larsens durablement pendant vos prestations
La prévention repose sur une routine simple, répétée avant chaque ouverture au public. Prenez le temps de tester les microphones, de vérifier les retours et d’écouter le système à un niveau proche des conditions réelles.
À retenir pour limiter les larsens:
- placez les enceintes dans les zones de rejet des microphones;
- réglez le gain avec la voix ou l’instrument au niveau réel;
- diminuez avec précision les fréquences qui commencent à accrocher;
- réduisez le nombre de micros ouverts;
- privilégiez la proximité entre la bouche et le microphone;
- adaptez le volume demandé à l’acoustique et à la taille de la salle.
Un système bien installé permet de gagner du niveau utile sans agressivité sonore. Vous obtenez des voix plus nettes, des retours plus confortables et une prestation plus sereine pour les artistes comme pour le public.